Dans chaque "Lettre
du GEM", vous trouverez une rubrique présentant des livres
publiés récemment par des membres du GEM.
En voici quelques exemples :
Je m'appelle Marie : Dr Jacques Saglier, éditions
Gallimard "Seripto", 320 pages, 11 €
Partant de fragments de lettres laissées par sa
famille déportée et du témoignage de Georges Duhamel, l'auteur nous
livre un document-fiction d'une rare intensité. Une plume admirable sert
cette sorte de roman et lui donne cette coloration de vérité autant que
de vraisemblance par la délicatesse et l'approfondissement des sentiments
prêtés aux personnages et particulièrement à Marie, jeune fille de
dix-sept ans qui en est l'intermédiaire. À la lecture une intense
émotion étreint le lecteur, qu'il le veuille ou non. Cela provient de la
simplicité, de l'économie de moyens utilisés par l'auteur. À l'opposé
de bien d'ouvrages traitant de la Déportation, il n'y a ici aucun pathos
et c'est cette froide description des faits, des lieux, des sentiments qui
contraignent le lecteur à entrer dans le cauchemar de la chasse aux
juifs. Le récit met en exergue l'absurdité des situations, des pensées
elles-mêmes de ces gens poursuivis, exterminés pour être juifs, et cela
d'autant plus que cette famille, certes d'origine juive, ne sait rien de
sa religion abandonnée par ses ascendants et qui se comporte comme
n'importe quel français laïque et républicain. (Dr Abraham de Voogd)
Achille de Mantes à Sobibor : Jacques Franck, éditions
L'Harmattan, 155 pages, 15,50 €
Grâce à l'habileté de la plume de l'auteur nous
partons en voyage. Voyage bien particulier à travers une cinquantaine
d'années d'histoire de France, d'Europe. Le parcours d'Achille est un
véritable devoir de mémoire, rythmé par des références culturelles,
cinématographiques entre autres. Légère, sévère, dramatique, cette
plume sait aussi faire place a des traits d'humour, souvent acide,
toujours à bon escient. Ces pages, par moments poignantes, sont un hymne
à la Liberté, à l'humanisme, à la tolérance. (Dr Abraham de Voogd)
Basilic : Edition augmentée de l'Écharde (prix
Littré 2001) Dr Madeleine Kahn, éditions Atlanta, 170 pages, 20
€
(Basilic : reptile mythique capable de tuer ou de
paralyser d'un seul regard). L'auteur s'y exprime ici à la première
personne. Petite fille juive d'à peine six ans, vive, sensible, de bon
vouloir, curieuse de tout, elle est envoyée seule en Roumanie chez sa
grand-mère au début de l'été 1939. Très vite c'est l'invasion
allemande, les exécutions, les marches forcées, la déportation en
Transnistrie. Les malheurs de ces sept années d'exil vécues au seuil
dépassé de l'horreur, dans un désespérant sentiment d'abandon, vont
devoir lors du retour en France être tus et refoulés sur ordre de la
famille, la laissant frileuse et incertaine, doutant de tout et de tous.
Des années de pratique médicale et une longue psychothérapie font
jaillir du subconscient ce récit cathartique poignant, à l'écriture
vivante, précise, ciselée dans l'apesante substance de l'âme enfantine.
À l'âge mûr s'impose la mission de témoigner des ravages de la
barbarie nazie dans l'Europe de l'Est trop longtemps et -curieusement-
passés sous silence. Madeleine Kahn fait alors œuvre d'historienne
enrichissant l'ouvrage de documents irréfragables : extraits de
déclarations officielles, précisions géopolitiques etc. rendant par là
sa mémoire au passé. Revenue en Bucovine, elle s'oppose au déni des
massacres commis, souvent avec la complicité des autochtones, en son
village de Stanestie de Jos d'où toute communauté juive a disparu (la
Roumanie était à cette époque majoritairement antisémite). Livre
remarquable d'humanisme, émouvant et soucieux d'une rigoureuse
objectivité. (Dr Maria Labeille)
Les hommes en grippe : Pr Paul Zeitoun,
éditions Glyphe, 176 pages, 16 €
Après le "Passé Englouti" déjà remarqué,
voici un nouveau roman au style toujours agréable sur une idée originale
: un virus attaque les voies génitales des mâles qui deviennent
stériles. On voit à quels développements, faciles, un tel thème
pourrait amener. Il n'en est rien, ce n'est qu'un amusant prétexte pour
défendre la cause des femmes. Au fil des pages le lecteur erre parmi
diverses hypothèses car les pistes sont multiples, avec entre autres une
sombre histoire de prétendus détournements de fonds. Une fois éclairé,
cet épisode donnera un nouveau sens à la vie de l'héroïne en proie à
la disparition de tous ses repères amoureux et familiaux. (Dr Abraham de
Voogd)
Chroniques odontologiques des rois de France et de
la dynastie napoléonienne : Dr Xavier Riaud, éditions
L'Harmattan, collection Médecine à travers les siècles, 286 pages,
26 €
Xavier Riaud nous propose de revisiter notre histoire
de France avec, en fil rouge, un thème pour le moins original, l'état
bucco dentaire des grands de France qui ont fait ce que notre pays est
aujourd'hui, au décours d'une rage de dent ou d'un abcès mal soigné.
Grâce à un impressionnant travail de recherche, une bibliographie
fournie, agrémentée de phrases en vieux français, ces pages deviennent
vite passionnantes. Après la découverte de quelques rois et reines, il
nous tarde d'avancer dans le temps. Nous découvrons l'origine et le rôle
du hochet dans la bouche des enfants, des colliers autour de leur cou, du
protoxyde d'azote... Et pour les plus curieux se dévoilent quelques
aspects de la vie la plus intime des Favorites, Régentes, et autres
Grandes Dames de France et de Navarre. Et si nous osions un
"Président, ouvrez la bouche s'il vous plait !" (Dr Robert
Laurent)
33 réflexions sur la médecine : Pr Bernard
Hoerni, éditions Glyphe, 225 pages, 21 €
C'est la reprise de différents articles ou allocutions
de cet éminent cancérologue qui ont émaillé le long cours de son
exercice. Ils reflètent l'évolution des conceptions, de l'attitude des
médecins et des malades face à la maladie en général, du cancer en
particulier, au cours de ces dernières années. Son rôle de président
de l'Ordre et sa réflexion sur l'éthique font évidemment partie de cet
ouvrage. On lira avec un intérêt particulier les pages 81 à 84 et de
133 à 143. Il est agréable aussi de lire en dernière page (la plus
importante !) l'allocution prononcée au repas de gala du GEM en 2009. (Dr
Abraham de Voogd)
La cerise et le dragon : conte pour enfants
magnifiquement illustré par Makiko Takai. Petit livre très luxueux chez
IPAGINE, édition dirigée par notre confrère du GEM, Patrice Corrieras
et son épouse Maud.
Les grands compositeurs et les femmes : Dr
Jacques Bouteille, chez L’auteur, 358 pages.
Voici un assez gros ouvrage qui a nécessité beaucoup
de recherches au service d’une grande compétence. La carrière et les
amours de pas moins de vingt-et-un grands musiciens y sont décrits d’une
manière à la fois vivante et didactique. Il ne s’agit pas d’une
compilation de biographies savantes mais bien d’un panorama assez
complet où le lecteur moyen, celui qui aime la musique ou l’histoire,
trouve un éclairage sur les circonstances, les conditions dans lesquelles
ces compositeurs ont écrit leurs oeuvres pour exprimer leurs joies, leurs
désespoirs, leurs passions. Et c’est fort intéressant sur le plan tout
simplement humain. Le lecteur n’a aucune peine à se laisser emporter
par un texte teinté d’humour et à lire ces récits comme de
véritables petits romans. En un mot, un excellent travail de
vulgarisation à garder dans sa bibliothèque.
Dentistes héroïques de la seconde guerre mondiale :
Dr Xavier Riaud, 176 pages, Éditions L’Harmattan
Une série de courts compte-rendus de vies de
combattants qui ont pour point commun d’avoir été dentistes. Si
certains ont suivi le parcours habituel des résistants avec leur heure de
gloire et les affres de la déportation, d’autres ont été de
véritables combattants au sein d’armées : Français, Anglais,
Américains, Canadiens, Néo-Zélandais, Russes ou Allemands. On y apprend
beaucoup, les surprises sont nombreuses. Ce sont des vies qui sortent de l’ordinaire,
avec des aventures nombreuses et chacune d’entre elles fournirait
matière à un gros roman.
Être médecin de soi-même : Pr Bernard Hœrni,
Éditions Glyphe, 288 pages
On pourrait trouver bien d’autres titres à cet
ouvrage volumineux par son contenu : ’’Laisser le choix de sa vie
au patient’’, ou ’’Faire le bien pour le malade’’. Il est
évident que sa carrière de cancérologue a contraint notre confrère à
des questionnements bien plus souvent que tout autre médecin. Est-il
légitime d’imposer un traitement lourd à qui n’en voit pas le besoin ?
Surtout lorsque la partie est peut-être perdue ? Ce livre développe
essentiellement deux versants : un appel à tout humain de prendre en
charge sa santé ’’à l’ancienne’’ par une hygiène de vie qui
lui assurera une vie confortable et écartera bien des menaces, en lui
laissant toutes les libertés. L’autre versant est la redéfinition du
rôle du médecin qui ne doit plus être le père, le guide despotique de
jadis et éveiller chez son patient un choix éclairé en lui fournissant
avec prudence les données de sa situation, afin : ’’Non de faire
le bien du malade, serait-ce contre sa volonté, mais de faire son bien en
respectant ses intérêts’’. ’’Il ne s’agit pas d’ajouter des
jours à la vie, mais de la vie à ses jours’’ : confort, mais
aussi réalisation d’un désir profond. Livre impossible à résumer,
tant il est riche, documenté, illustré de cas concrets et soutenu par
quantité de références.
Commissaire François Duchet : Dr Guy Lesœurs
- Lucette Lesœurs-Duchet, Éditions Glyphe, 152 pages
Dans cette biographie, notre confrère vient appuyer sa
mère dans un travail de réhabilitation de la mémoire de son grand-père
condamné à la Libération pour collaboration. Le récit débute par l’enfance
avec la pauvreté extrême, le travail dès l’âge de sept ans, l’effrayante
expérience de la guerre de 14-18 et sa conduite héroïque, puis la
découverte de l’instruction, de l’école et la faculté jusqu’à
son ascension sociale régulière. Devenu commissaire des Renseignements
Généraux du Lot durant la dernière guerre, il a su gérer au mieux la
tâche difficile qui lui incombait. François Duchet n’a jamais
transigé, résolument attaché à faire respecter à la lettre la loi
républicaine. Guy Lesœurs apporte un éclairage psychanalytique à ces
tribulations.
Un amour d’arrière saison : Dr Louis Pouliguen,
Éditions Coop Breiz, 254 pages
Notre talentueux ami, prix Littré, nous livre son
dernier et magnifique roman après avoir engrangé un nouveau prix
littéraire avec La maison de l’équinoxe. Chantre, peintre
pourrait-on dire, de sa Bretagne qu’il aime passionnément, il décrit
la découverte, par un jeune peintre en villégiature, du secret d’un
vieux couple qui vit dans une maison close autour de son jardin avec une
servante vietnamienne. De cette maison on a vue sur le port, un blockhaus
de la dernière guerre et la mer où le ciel se livre à d’étonnants
jeux de miroir. L’intrigue est menée avec adresse et mène également
le lecteur dans la campagne éloignée où les citadins transforment les
vieilles fermes en gites ruraux, effaçant un passé de labeur ingrat.
Repères historiques de la France : Dr
Georges Brenot, Éditions Elzévir, 188 pages
Œuvre bien ambitieuse de vouloir résumer l’histoire
de France pour lycéens et autres lecteurs désireux de rafaraîchir leur
mémoire. Mais tel n’est pas le but de cet ouvrage même s’il s’agit
d’un grand résumé car les faits sont nombreux, protéiformes. Il s’agit
plutôt de montrer par quels cheminements nous sommes parvenus de la
préhistoire à notre société actuelle afin de mieux comprendre ses
particularités, ses rites, ses symboles, ses aspirations et ce qui fait
notre identité. Une lecture peut-être un peu aride au début, mais fort
enrichissante.
Mots dits : Dr Anne Marie Gaillard-Sirère,
Éditions Bénévent, 76 pages
Un bien joli recueil de poèmes de toutes factures mais
où la poésie libérée tient la plus grande place pour livrer un
panorama de pensées, d’humeurs, d’ambiances plutôt romantiques,
parfois nostalgiques sans que la tristesse ne l’emporte. De ces vers s’élève
avant tout un grand chant d’amour de la vie, du plaisir de vivre.
Vivre mieux, vivre vieux, recettes : Dr
Marc Galabru, Éditions Mille Plumes 104 pages
C’est un adorable petit livre qui ’’propose un
petit voyage (humoristique) au pays du bon sens’’. Notre ami livre ici
sa philosophie de vie et on aimerait bien que tous les habitants de ce
monde en fassent la leur. Tout irait mieux, et bien des charlatans de la
santé, comme les marchands de canon, s’en trouveraient ruinés. Le bon
sens, tant décrié par les tristes ayatollahs de la philosophie, s’exprime
ici avec une joie, une verve et un humour propres à ce confrère aux
gènes de comédien. Malheur à celui qui n’aura pas ri au moins deux
fois à la lecture de ce petit et si grand ouvrage.
Maternités avortées : Dr Annie Stammler, Éditions
L’Harmattan, 160 pages
’’Trois fictions à partir de cas cliniques’’ c’est
ainsi que notre amie, psychothérapeute intitule ces trois histoires
romancées des séquelles psychologiques laissées après les
interruptions de grossesse. Des pages toujours bien écrites avec une
grande sensibilité. Hélas elles restent toujours d’actualité, les
jeunes filles restant trop souvent indifférentes à la contraception face
aux promesses de leurs Princes Charmants, promesses réelles ou qu’elles
ont imaginées. On est bien loin ici des bluettes des romans photos et de
la soi-disante téléréalité.
Les silences de Marianne : Dr Gérard Bonn,
Éditions Glyphe, 262 pages
Marianne, son premier, le grand amour du héros,
étudiant en ophtalmologie, ne répond à aucune de ses lettres. Il part
à sa recherche sur de maigres indices. L’auteur, fort érudit, prend en
fait prétexte de cette quête pour entraîner le lecteur dans des
descriptions minutieuses de lieux et de personnages qui, eux, évoquent à
chaque fois des portraits laissés par des peintres célèbres. Ces
rencontres donnent l’occasion de discussions sur la religion, la
Vérité, sur la Shoah. Ce livre est l’œuvre d’un ophtalmo qui n’a
pas les yeux dans ses poches. Mais on est un peu étourdi par l’étendue
de ses connaissances.
Un don, deux vies, j’ai changé de cœur :
Mme Vanessa Fisson, Éditions Mille Plumes, 158 pages
Un cri de victoire, une leçon d’optimisme ! C’est
encore un livre qui aurait mille fois justifié sa diffusion par un grand
éditeur ; et cela aurait été le cas si un personnage connu et
médiatique avait produit ce témoignage. Il faut offrir un monceau de
fleurs fraîches à l’auteur, à l’image de la fraîcheur et la
sincérité dont elle fait preuve avec pudeur sans rien cacher de ses
troubles, de ses surprises au cours de son parcours hospitalier. Après
une brutale défaillance cardiaque, c’est une greffe du cœur qui est
imposée à cette jeune femme en pleine santé apparente. Le choc est rude :
incompréhension d’abord, puis découverte du parcours du combattant au
sein du monde de la santé et surtout de l’hôpital. Le bon sens et le
sang froid dont elle fait preuve sont admirables et c’est pour cela que
ce petit livre écrit avec des mots et des phrases simples doit absolument
être diffusé auprès de ceux qui ont en charge ces lourds protocoles de
greffes d’organes et d’immunosuppression complémentaire, ainsi qu’auprès
de ceux et celles qui auront à passer par ces épreuves pour rester en
vie. L’auteur n’est-elle pas devenue mère sans encombre après les
avoir subies ?
L’allée de Madame : Dr Nicole Morelle, Éditions
Paris Rive Droite, 254 pages
.Voici un nouveau roman de notre amie, écrivain
chevronné. C’est avant tout une description mélancolique et romantique
de la Sologne avec ces doux paysages et ses brumes, ces brumes qui ont
envahi le cœur du héros principal dont on découvre les amours cachées
au fil des pages à travers des lettres laissées post-mortem à sa nièce
à qui il a légué son château, ses bois, ses serviteurs et ses
sentiments. La musique, comme il se doit chez cette organiste, ainsi que
la haute couture y sont également invitées. Un ensemble qui a le goût
désuet d’un passé pas tellement ancien.
Vivre son handicap moteur : Pr Jean Claude
Turpin, auto édité, 340 pages
Il s’agit d’un véritable vademecum pour tous les
handicapés et pour tous les organismes qui en ont la charge. Il s’y
trouve, outre les données médicales, une foule de renseignements
pratiques comprenant aussi bien des adresses utiles que le détail des
dispositions légales, des textes officiels. Ce livre devrait donc se
trouver sur le bureau de tous ceux qui sont concernés par la vie des
handicapés et c’est pourquoi il me paraît essentiel que chacun de son
côté participe à sa diffusion dans la mesure de ses moyens. Un tel
travail, si considérable, tout à fait exceptionnel, méritait mieux que
le petit article paru dans le Bulletin de l’Ordre.
Promenades poétiques dans l’œuvre de
Pierre Benoit :
Mr Pierre Hamel, Couronné par l’Académie Française, Éditions
Dormeur du Val, 280 pages
Dire que cet ouvrage livre tout le mystère
de la création artistique de Pierre Benoit c’est n’avoir rien dit de
la minutie avec laquelle l’auteur fort érudit dissèque l’œuvre poétique
largement méconnue du célèbre romancier. Chacun y trouvera de quoi
enrichir son vocabulaire en mots peu usités ou savants. Les vers sont
sans cesse rapprochés des règles de la prosodie. Travail de
spécialiste, certes, mais très accessible à l’amateur béotien grâce
aux nombreuses citations de vers sublimes.
Médecin à l`hôpital Claude Bernard, tomes
1 et 2 :
Pr François Vachon, Éditions Glyphe, 282 pages
Dans ces deux volumes il s’agit en fait de
trois ouvrages différents, le premier décrit la carrière et l’évolution
de la lutte contre les infections avec l’avènement de la mise sous
respiration artificielle, la réanimation médicale et la curarisation des
malades atteints du tétanos. La suite de ce premier tome est consacrée
au vécu de l’auteur après la mort d’un fils.
Le deuxième tome est entièrement consacré
à l’expérience de François Vachon comme médecin détaché de l’hôpital
Claude Bernard en Iran, au Gabon, au Pérou, en Uruguay et qui montre bien
comment la survenue de révolutions ou de dictatures ont entraîné à
chaque fois un recul de la qualité des soins. Ces pages, très vivantes,
illustrées de quelques anecdotes, forment un large panorama de la
médecine au cours de ce dernier demi-siècle.
Sans stress la vie est impossible :
Pr Jean Cl. Turpin et Nicole Baumann, Éditions Sauramps, 312 pages
Il s’agit d’une étude monumentale et
exhaustive de tout ce qui a un rapport au stress. Ce livre comporte en
gros trois parties distinctes :
un rappel physiologique avec les données les plus récentes, les
situations cliniques de stress et la gestion du stress par l’individu ce
qui conduit à une sorte de catalogue des moyens de le gérer.
Cette deuxième partie fait songer à un
livre de recettes de cuisine, toute révérence gardée, car les auteurs
ont voulu offrir au public un instrument pratique, facile à consulter par
tout un chacun, sans autre parti pris que de vouloir être utile.
On ne peut qu’admirer la clarté de cet
ouvrage qui devrait être absolument étudié par ceux qui terminent leurs
études médicales et qui auront à affronter ces situations. Cela leur
éviterait d’avoir, comme leurs anciens, à découvrir sur le tas les
bonnes conduites à tenir par l’expérience, parfois amère.
Je ne suis pas morte :
par Sébastien di Sabato (Dr Giovanni del Franco (Survivre à la
violence conjugale) Éditions Le Chant des Hommes, 107 pages
C’est sous une forme romancée que l’auteur
relate le calvaire d’une jeune tunisienne mariée à peine adolescente
à un mari despotique et violent. Un parisien qui l’a prise en pitié et
devenu amoureux d’elle, s’adresse à la première personne au fils de
cette femme, le seul qui ne soit pas né handicapé, pour lui révéler
tout ce que sa mère a subi. Par le récit de ce personnage on passe ainsi
en revue la triste histoire, si commune à tant de femmes.
Le lecteur ne peut que partager l’amertume
du narrateur qui constate la constante inefficacité de la police, comme
la démission des services sociaux, celles des associations de femmes, et
du voisinage. C’est pour dénoncer cet état de choses que ce livre dur
est écrit. Notre confrère pousse ici un cri de révolte tout à fait
justifié. On doit cependant regretter que la victime soit musulmane et
que le poids des mœurs arabes autant que la religion, vienne s’ajouter
à un état de fait qui concerne tout autant les femmes d’autres
origines.
Balaam et la bénédiction :
Dr Marie Vidal, Éditions du Cosmogone, 330 pages
« Bécédaire
chanté pour l’Église catholique »
tel est le sous-titre de cet ouvrage très particulier, réalisé sous
forme de poèmes sertis d’extraits de textes de la Thora ou de la Bible.
Le but de l’auteur, théologienne revenant sur l’anathème jeté par
la chrétienté sur les Juifs, est de rappeler que le christianisme est
issu d’Israël et lui est indissociablement lié.
« Les
fils d`Israël / ont des leçons de Thora / à donner et à enseigner /
aux catholiques d’aujourd’hui »
Il s’agit d’une vision chrétienne et
aussi très féminine de la question. L’exemple de la Shoah y est
puissamment évoqué.
Nus d’Avène :
photographies de J. E. Costedoat-Lamarque, textes écrits par Marc
Galabru, Éditions Grand Sud, 330 pages
Magnifique collection de nus féminins
centrés sur le corps du corps. Les modèles sont superbes et les poses
très sages, réservées. Il faut admirer le rendu des formes, des ombres,
du grain des peaux. Il faut beaucoup de science pour obtenir un tel rendu
des galbes, des courbes si pures en jouant avec les éclairages et avec l’eau
utilisée ici en éclaboussures afin d’obtenir des sortes de drapés.
Aussi n’a-t-il pas été difficile à notre ami Galabru de trouver en
lui ou ailleurs les mots pour le dire.
Seul à connaître :
Dr Patrick Bauwen, Éditions Albin Michel, 408 pages
C’est un bon roman tout à fait dans l’air
du temps, dans la veine des séries de télé américaines avec
chirurgien, infirmière, agents secrets, greffes d’ovaires, le tout lié
par Facebook. Il a obtenu le Prix Littré 2010.
Ne m’oublie pas, Alzheimer mon amour :
Dr Dominique Herbert, Éditions Mille plumes, 208 pages
Le personnage central, comme l’auteur, est
médecin directeur d’une maison de retraite comportant une unité
Alzheimer. Il cache sur le lieu de travail son attirance pour une jeune
aide-soignante mais la retrouve sur Facebook où l’anonymat dure peu.
Ses propos sont tendres, délicats. Ceux en caractères gras de la jeune
femme demeurent brefs et retenus. Les dialogues sont entrecoupés de
récits de ses voyages, destinés à séduire son interlocutrice et aussi,
écrits en italique, d’émouvants « courants
de conscience »
de quelques uns de ses pensionnaires, comme si l’auteur était dans
leurs têtes.
Dans l’histoire d’amour platonique qui
forme la trame du livre « il »
n’était pas seul à aimer mais l’ignorait...
M’a touchée ce roman à l’écriture
allante et soignée, à la facture originale, dont il faut capter les
codes pour l’apprécier. (Maria Labeille)
Au bonheur des femmes : Dr Anne de Kervasdoué, Éditions
Odile Jacob, 300 pages
Ou La Vérité sur les hormones, sous-titre de
cet ouvrage grand public écrit d’une plume vivante et réaliste par une
gynécologue qui s’est toujours élevée contre la folie médiatique qui
s’est emparée des foules à propos du traitement hormonal de la
ménopause, y compris, hélas de la majorité de ses collègues. Non, le
traitement de la ménopause n’est pas univoque. Ce livre brosse le large
panorama des conduites raisonnables à tenir face à la vie, les désirs,
au vécu, de chaque femme prise individuellement et cela de manière à la
fois clinique et humaniste. Le Traitement Hormonal Substitutif y retrouve
la large place, qu’il n’aurait jamais dû perdre. Qu’on ne s’y
trompe pas, il ne s’agit pas d’une simple opinion, discours ou
polémique, mais bien d’une démonstration étayée d’arguments
incontestables. Ce livre-là devrait être obligatoirement lu par tout
médecin en général et surtout par les gynécologues dont l’ignorance
de nombre d’entre eux en la matière, qui est pourtant la leur, demeure
stupéfiante.
Petit guide de typographie : Dr Eric MARTINI, Éditions
GLYPHE, 76 pages
Notre confrère éditeur, si consciencieux, nous livre
ici un tout petit livre, mais ô combien dense ! Où se trouve tout ce que
l’écrivain doit savoir avant de présenter son manuscrit à l’éditeur,
y compris la manière de noter par un code les corrections à apporter sur
les épreuves. Très clair, avec de nombreux exemples concrets, c’est un
outil indispensable qui vient compléter l’ancien Un point c’est
tout de Jean Pierre Colignon.
Le paquet, cubisme et autres nouvelles : Dr
Pierre LEBAHAR, Éditions Labruyère, 54 pages
C’est un recueil de neuf petites nouvelles marquées
par un sentiment d’échec, en amour comme dans la vie. On distingue
surtout "Cubisme", nouvelle à la fois fantastique et
philosophique où l’auteur imagine que chaque mauvaise action provoque
la création d’un cube plus ou moins volumineux. Ces cubes engendrés
par un pet ou par un mensonge deviennent indispensables à la construction
des villes. Puis apparaissent les ronds et pour finir le triangle... La
dernière nouvelle est une longue plainte concernant le métier de
médecin généraliste.
Morceaux de vie : Dr Michèle Chapuis-Maurette, Éditions
Librairie-Galerie Racine, 128 pages
Un petit livre très poétique où les métaphores sont
innombrables, traduisant la nostalgie d’un certain mode de vie, d’une
certaine façon d’être et de tenir ses engagements face aux siens, à
la nature et l’héritage des aïeux. Beaucoup de lumière, de douceur, d’amour
et quelques regrets, dans ces paragraphes dédiés à la terre
provençale, à son père Sylvain Maurette, poète campagnard reconnu.
Voici, à propos du lavoir communal : "Et ces pierres érodées
vibraient au contact des histoires d’amour imprimées dans les
draps...".
Une classe explosive : Dilan Ravec (Dr Daniel
VRAC), Éditions Publibook, 210 pages
La vie dans un collège privé en Bretagne vers la fin
de la dernière guerre. C’est une peinture sans concession mais
bienveillante des conditions dans lesquelles les élèves internes
passaient durement, par les privations et la férule des religieux, de l’enfance
à l’adolescence. Une expérience du professeur de chimie tourne à la
catastrophe : qui a provoqué l’explosion dont les effets ont été sans
gravité ? Il s’agit sous forme d’un semblant de roman policier de
décrire une époque bel et bien révolue dont l’auteur a gardé une
nostalgie certaine. Ce livre bien écrit et de lecture facile devrait
intéresser les seniors.
La statue et le prisonnier : Dilan Ravec (Dr
Daniel VRAC), Éditions Publibook, 204 pages
Notre ami, prix Littré de la nouvelle, très
productif, signe ici avec son talent reconnu un nouveau polar où se
retrouvent le héros de "Qu’en pense la Police" et du livre
précédent : le commissaire Andrieu. Sous la forme d’un roman, c’est
une nouvelle manière de chanter sa Bretagne natale, son terroir, ses
traditions, ses mystères, et surtout son histoire, en particulier celle
de l’époque révolutionnaire. Une façon distrayante de s’instruire
sur ce petit territoire de France, reflet caractéristique de l’âme de
la péninsule.
L’accompagnement d’une mère : Dr
Xavier FEINTRENIE, Jouvence éditions, 156 pages
Un assez petit livre au grand contenu, divisé en trois
parties : l’histoire de la mère et de sa famille, le vécu de la
présence du fils auprès d ’elle durant le coma, réflexion sur l’accompagnement
des mourants. L’auteur, pneumologue et souvent cancérologue, catholique
profondément croyant, livre ici des réflexions qui sont à la fois très
personnelles et d’autres qui sont d’ordre plus générales. Le tout
est écrit dans une très belle langue, parfois un peu recherchée,
laissant néanmoins libre cours à l’émotion qu’on ne peut que
partager.
S’appuyer sur le vent - Poésies marines : Dr
Jean François LOPEZ, L’Harmattan, 76 pages
Un joli petit recueil de poèmes d’un amoureux de la
mer, des vagues et des cieux infinis, agrémenté de quelques
illustrations. Il s’agit de poésie libérée, ce qui ne pouvait qu’être
le cas pour chanter la joie, l’espoir, l’amour. Notre confrère,
lauréat de divers concours littéraires, se fait remarquer ici une fois
de plus par son grand talent. Il réjouit et réchauffe nos cœurs. Il
nous fait regretter que la poésie soit toujours le parent pauvre de l’édition.
Stéthoscopie : Dr Jean-Claude MOUCHÈS, Éditions
PyréMonde, 175 pages
C’est la "Chronique d’un étudiant en
médecine landais dans le Bordelais" précisément dans les suites de
son Baccalauréat obtenu en juin 1944. On y retrouve tout un passé d’études
rendues difficiles par un manque cruel de moyens, de nourriture, de
logement, dont la génération actuelle ne peut avoir aucune idée. Sous
la plume experte d ’un écrivain médecin confirmé, le lecteur peut
suivre la description minutieuse, d’année en année, de ce parcours de
combattant avec ses hauts et ses bas à travers d’innombrables anecdotes
et descriptions du monde civil, mais surtout médical et hospitalier de l’époque
avec ses Patrons emblématiques. Nostalgie pour les anciens et
révélations pour les plus jeunes.
Burn out : Dr Patricia MARTEL, Éditions
Atlantica, 184 pages
Voici un livre d’échecs. L’auteur, également
journaliste, décrit son parcours d’étudiante, d’interne, de médecin
remplaçant. Elle est de ceux qui voient la bouteille à moitié vide
plutôt qu’à moitié pleine, d’où un fort relent de pessimisme dans
ces pages où la réalité est décrite par son côté sombre. Ce n’est
pas que l’humour soit absent dans les épisodes évoqués, mais il s’y
trouve sous-jacent et presque malgré la volonté de l’auteur. Le
médecin retrouvera dans ce livre destiné au grand public, où le style
manque de souffle et d’originalité, les descriptions détaillées des
signes cliniques, les situations banales dans l’exercice de ses
fonctions, les petites joies et les peines inhérentes au métier. Toutes
choses auxquelles il fait face depuis toujours, et, simplement. En fait
cet ouvrage dessine cruellement l’abîme qui sépare l’ancien et
enrichissant art humaniste de soigner, de la folle course contre la montre
des techniciens de la médecine d’aujourd’hui.
AVC (accident vasculaire cérébral) : Dr
Jean-François GRÉGOIRE, ASA éditions, 209 pages
C’est une explosion. La comparaison avec un volcan
est la seule possible : une énergie fantastique accumulée durant des
semaines comme dans une enceinte bétonnée par l’Aphasie, après un
AVC, et qui se libère en un torrent tumultueux. Le style en est le reflet
très particulier. On est bien loin ici des jardins sagement agencés de
la littérature française, du langage convenu, voire des jérémiades.
Non, c’est un torrent furieux qui dévale hors des limites de la
bienpensance pour extérioriser les colères, les frustrations, les
douleurs qu’entraîne l’impossibilité de s’exprimer par la parole
pour les petites comme pour les grandes choses. Des mots par vagues, qui
jaillissent brutalement, sautant les passages où on les attendrait et qui
arrachent des lambeaux d’émotion. On peut être aphasique et néanmoins
un homme qui veut garder sa dignité, alors même que, hémiplégique et
muet, il dépend de tous. Et puis, pire encore, lorsque cela vous arrive,
à vous médecin urgentiste qui avez eu à gérer quantité de comas, d’AVC
de blessures, et que vous savez quels gestes doivent être accomplis, quel
peut être le pronostic... Voilà le livre le plus émouvant qu’on ait
pu lire depuis des années.
Le cancer et la fourmi : Dr Max DANA, Éditions
Les Presses Franciliennes, 160 pages
Des pages très denses, où on apprend beaucoup. L’auteur,
radiothérapeute, retrace ici sa longue carrière qui l’a mené très
rapidement à traiter les cancers dans sa spécialité. Ce qui en fait l’originalité
et aussi l’intérêt, c’est d’avoir donné des exemples concrets de
l’absurdité souvent kafkaïenne des administrations. Par exemple,
attendre dix ans pour obtenir l’agrément administratif pour l’ouverture
d’une unité de radiothérapie, agrément qui sera retiré deux ans plus
tard ! On découvre également dans ces pages les méfaits des médias qui
décident de la renommée de tel ou tel scientifique qui n’est pas
forcément compétent dans la matière. Du jeu trouble des Écologistes
qui surfent sur les peurs primitives et irrationnelles en s’aidant de
pseudo scientifiques. Certes, la polémique n’est pas loin, mais n’est-il
pas normal qu’après des années de lutte et, il faut le préciser, d’une
action extrêmement utile pour les malades et la cancérologie en
particulier, on garde quelques rancœurs ?
Il sera une fois : Dr Huguette LEROLLE, Éditions
La Maison de Papier, 63 pages
Notre consœur est avant tout une poétesse aux
nombreux lauriers et cela donne une connotation particulière à ce petit
recueil de nouvelles de science fiction ou, dans une certaine mesure, d’anticipation.
L’un des thèmes dominants est de constater que les êtres rencontrés
sur d’autres mondes ne sont pas tels qu’on les imaginerait et que
notre civilisation actuelle n’est plus qu’une ténébreuse
préhistoire. De l’humour, mais aussi une mise en garde sur les méfaits
de nos sociétés caricaturées en sous-main. Lecture très agréable.
La mort subite du jeune et de l’athlète : Dr
Guy Hugues FONTAINE, SFEM Éditions
Une somme de 388 grandes pages aux petits caractères
comportant 138 illustrations en couleur ou schémas. L’auteur relate son
expérience dans le traitement des troubles du rythme cardiaque qui
mènent à la mort subite, domaine auquel il a consacré l’essentiel de
son existence Au-delà du propos purement scientifique, c’est tout le
cheminement de ses recherches avec ses aléas, ses échecs, ses
déceptions comme ses victoires qui se trouvent décrits ici par le menu.
Tout un vécu d’homme qui n’a vécu que pour sa passion. Il ne s’agit
donc pas d’une thèse ni d’un essai, mais plutôt de la biographie d’un
chercheur qui a rencontré scepticisme ou enthousiasme au cours des très
nombreux congrès internationaux auxquels il a participé, où il s’est
distingué et a apporté ses lumières. C’est aussi la raison pour
laquelle dans un passage assez bref, il nous fait part de son œuvre
artistique, tableaux et dessins empreints de symbolisme, qui constitue désormais
son activité en dehors de ses cours aux urgentistes.
Contes à rire jaune : Dr Vladimir GUIHENEUF, Éditions
Baudelaire, 223 pages
Trente contes ou nouvelles, le plus souvent d’anticipation
à la mode d’Aldous Huxley, pour décrire les grands et petits travers
ou drames contemporains. Bâtis à partir d’expériences personnelles
les situations sont très variées et débouchent sur des conclusions en
forme de mise en garde. La main du médecin n’y est pas trop perceptible
et l’auteur fait preuve ici d’une grande imagination ce qui rend la
lecture de ces paraboles particulièrement intéressante.
La fin d’un monde ou l’agonie des larves :
Dr Olivier LOCHARD, Éditions La Maison de l’Écrivain, 58 pages
Il s’agit plutôt d’un violent pamphlet qui
critique ’’tous azimuts ’’notre monde afin de le mettre en garde
contre ses dérives, et sa mainmise sur la Terre et la Nature. Il ne s’agit
pas d’Écologie, mais de philosophie d’inspiration libertaire,
pessimiste et amère. ’’Si l’humanité devait rester dans
le même état d’esprit dans le siècle à venir, il serait souhaitable
qu’elle disparaisse, car au vu des méfaits grandissants et des dégâts
de tous ordres se multipliant de manière accélérée, on peut craindre
le pire rien que pour les quelques décennies à venir’’. Un livre
aux multiples facettes, obligeant à la réflexion.
J’accuse Flacus : Dr Simone BRUNET-AUGUST, Éditions
"Mon petit Éditeur", 230 pages
Roman historique qui reprend la situation des Juifs d’Alexandrie
entre les années 30 et 70 de notre ère à partir de données historiques
précises. Il s’agit donc d’une vaste fresque où sont détaillés
avec minutie tous les aspects de la vie dans cette cité, après Rome la
deuxième du monde d’alors. Par les aventures de deux héros principaux,
un oncle, haut fonctionnaire responsable du port, et son neveu, on suit le
déroulement des intrigues et des soubresauts politiques de cette région,
ainsi qu’à Rome et à Jérusalem. Les violentes luttes pour le pouvoir,
les conspirations et l’avènement du christianisme vont entraîner deux
pogroms successifs qui détruiront définitivement l’opulente diaspora
juive pour le plus grand dommage de la prospérité de la ville et aussi
de la civilisation de l’époque. Une page d’histoire peu connue.
Sous influence : Mr Sorin Alex STANIA, Éditions
"IPagine", 244 pages
L’auteur, de famille médicale, imagine que l’âme
d’un mourant se reloge dans le cerveau d’un enfant à naître. L’idée
fondamentale de ce roman d’anticipation (situé en 2013) est astucieuse
et permet de faire un large tour d’horizon du comportement de nos
contemporains, comme de l’influence des médias. Certes, l’écrivain
exploite son idée jusqu’aux limites mais avec un immense talent. En
effet il faut remarquer le style et la virtuosité dont il fait preuve,
notamment dans les nombreux dialogues. Mais c’est son sens de l’humour
qui domine et, plus d’une fois, il est bien difficile de ne pas éclater
de rire. Enfin de la fraîcheur !
Les trois vies d’Abraham B. : Dr Paul BENAÏM,
Éditions David Reinharc, 314 pages
C’est une grande autobiographie de l’enfant d’Oran,
étudiant à Montpellier, à Paris, et finalement Chef de clinique.
Médecin généraliste, il se tourne de plus en plus vers la cardiologie.
C’est ainsi que sa deuxième vie est consacrée à la rédaction d’une
prestigieuse revue de cardiologie. La troisième étant celle de l’écriture.
L’ensemble de l’œuvre est profondément empreint d’humanisme
médical mais ce livre est aussi le reflet d’une culture juive
revendiquée et d’un militantisme israélien. Très instructif et
souvent divertissant.
L’Espagne des trois cultures, chrétienne, juive
et musulmane : Dr Jean Marie BEUZELIN, Éditions Atlantica,
190 pages
Celui qui aimerait visiter l’Espagne devrait
posséder et consulter avant le départ cet ouvrage tout à fait
intéressant. Il ne s’agit pas d’un guide touristique dont il n’a
pas le caractère exhaustif, mais un large tableau des lieux et monuments
qui ont en commun d’avoir vécu les trois religions. Outre les grands
sites bien connus : Cordoue, Grenade, Tolède, dont il est fait une
modeste évocation, sont répertoriés des sites moins courus : villages,
lieux fortifiés, qui ont cette histoire en commun. C’est de raconter
dans ces pages les événements qui s’y sont déroulés, de faire le
lien entre ceux-ci et l’endroit en mettant en évidence les vestiges de
ce passé tumultueux qui rend ce livre si vivant, d’autant plus que l’auteur,
humaniste, a l’art de délivrer avec clarté et une grande économie de
moyens une quantité d’informations.
Les vaches maigres : Dr Abraham de VOOGD, Éditions
Glyphe, 282 pages
L’auteur livre ici à la fois une saga familiale,
avec une large part d’autobiographie, un témoignage sur une époque
révolue, presqu’une civilisation disparue, allant du Front Populaire à
la Libération vécue en Normandie. C’est encore une stèle érigée à
des parents exceptionnels. Toutefois, en ces temps-ci où on parle d’identité
nationale, d’intégration, le vrai sujet de ce livre est la difficulté
de la transplantation d’une patrie à l’autre : les liens à
abandonner, les liens à créer, les embûches de toute sorte, et les
dangers encourus, surtout au cours de ces années très troublées de la
dernière guerre.
Le monogame... intermittent : Dr Marc GALABRU, Éditions
Les Mille Plumes,132 pages
Notre ami nous livre ici une sorte de panorama
de la vie amoureuse (et sexuelle) d’un homme depuis son enfance d’avant
guerre jusqu’à son quatrième âge, une chaîne richement décorée de
perles brillantes ou ternes, autant d’amours, de conquêtes ou de
redditions. Le style imagé, coloré, propre à Marc Galabru permet de
lire cette succession d’aventures, réelles ou fantasmées, avec
plaisir. Ce petit roman, ou divertissement, est aussi une forme d’essai
: "Face à la routine et l’usure de la vie de couple, peut-on
encore demeurer un fidèle monogame alors qu’en ce 21ème siècle l’espoir
de vie dépasse les quatre-vingts ans ?"
Aria triste : Dr
Pierrre MARTIN, Éditions Glyphe, 162 pages
Le même confrère nous avait déjà livré un
impressionnant roman, "La Beauté de Gephra", et nous retrouvons
son style impeccable et si original dans ce petit roman où tout se situe
dans le quartier latin. Il n’est question ici que de rapports humains,
de sentiments amicaux forts et signifiants, de vérités cachées ou
camouflées. Il ne semble pas y avoir d’action et pourtant on ne peut s’empêcher
de suivre leur évocation en suivant les trois principaux protagonistes
dans les bars, ou au gré des rues, de jour ou de nuit, sous la pluie ou
dans le vent.
C’est de la vraie littérature, merveilleuse,
un travail fouillé, allant en profondeur pour montrer l’autre face du
miroir.
Pandémic :
Dr Philippe LE DOUAREC, Éditions Glyphe, 290 pages
Un bien curieux roman d’anticipation très
agréable à lire. L’épidémie de grippe H5N1, tant redoutée par les
spécialistes se déclare en septembre 2011. Le narrateur, chirurgien
devenu virologue par amour, et son épouse spécialiste des virus de la
grippe, un couple en voie de refroidissement, embarquent en Californie
dans le Boeing qui doit les ramener en Europe. L’épidémie vient d’apparaître et prend possession de
l’avion qui, interdit d’atterrissage,
se posera en Islande, pays bien connu de l’auteur. Là se déroulera l’action sous une quarantaine féroce.
La panique qui gagne tous les pays et l’hécatombe qui les frappe sont bien décrits, mais il semble surtout que
l’auteur ait voulu émettre un message d’avertissement à tous ceux qui
l’an dernier ont décidé que la prochaine épidémie de grippe ne serait
pas dangereuse. Un roman fort bien écrit, à vocation didactique, à
méditer.
La tentation de la folie :
Dr Gaëtan LECOQ, Éditions Glyphe, 192 pages
C’est un recueil d’excellentes nouvelles qui
se relisent avec plaisir, même après en avoir lu certaines à l’occasion
des prix du GEM, Cesare Pavese ou Zorini. Il ne fait pas de doute que le
reflet de l’humanisme médical omniprésent dans chaque récit et un style
pur, dépouillé, vif, ont été les arguments déterminants dans l’attribution de ces prix. Il faut remarquer
l’extrême originalité des
thèmes dans ce recueil auquel certains pourraient reprocher la manque d’unité comme
l’exigent souvent les éditeurs. Mais ici, la mélancolie,
la compassion ne font-elles pas un lien suffisant ?
Le serment de Jules :
Dr Marc MAGRO, Éditions Glyphe, 260 pages
C’est incontestablement un grand roman par
ses multiples entrées, ses faux centres d’intérêt pour mieux détourner
l’attention du lecteur de ce qui en fait le fond : les incertitudes en
matière d’amour, conjugal, filial, de l’amour des autres en général.
Peu importent la recherche de celui qui a mis un doigt de cadavre dans la
compote de la cantine scolaire, les ambiances dans un service des
urgences, l’expérience de l’aide aux SDF, les tentations et les échecs
amers, les mots durs et les mots doux, quelques promenades sur Internet
dans Second Life, toute une vie intime est là, avec sa complexité, ses
contradictions, son humour. Du beau travail, un excellent livre à
emporter en vacances.
Le sabre et le ruban :
Dr René GASIGLIA, Éditions Les Presses du Midi, 238 pages
Notre confrère nouveau venu au GEM,
chirurgien et ancien légionnaire, a déjà une longue production d’ouvrages à son actif. Ce dernier est un roman historique où se
perçoit l’intérêt de l’ancien militaire pour les faits d’armes et les
stratégies. Dans ce tableau passionnant le lecteur peut revivre en
détail les événements, de la Révolution jusqu’au bannissement de
Napoléon à l’ile d’Elbe et suivre en particulier toutes les batailles
napoléoniennes à travers l’épopée d’un orphelin devenu général de la
Grande Armée. Un roman très vivant, de lecture agréable, et…
instructif.
Entre médecine et religion : Pr Jacques
BATTIN, Éditions Glyphe, 310 pages
Après son excellent « Médecins
et Malades célèbres »,
notre confrère nous livre encore un grand livre. C’est une somme,
presqu’un traité, où, partant des grands anciens et la médecine
magique, l’auteur nous fait parcourir les siècles menant à la médecine
technique d’aujourd’hui. Un livre empreint d’un profond humanisme.
Saint Antoine et le mal des ardents dont il
fut le saint guérisseur, en forment la colonne vertébrale. L’intoxication par
l’ergot de seigle est bien connue depuis l’épidémie
de Pont Saint Esprit, après-guerre, mais les troubles psychiques induits
par l’acide lysergique qu’il contient ont toujours rapproché cet
empoisonnement d’une maladie de l’âme, donc de l’œuvre du Diable. Ce qui
permet à l’auteur de faire le lien entre les superstitions, les croyances
religieuses et la science, l’hygiène. Le lecteur, même averti, va de
surprise en surprise et ne peut qu’admirer la richesse des illustrations
dénichées jusque dans les endroits les plus obscurs, les plus modestes,
illustrations qui éclairent magnifiquement un texte riche et passionnant.
Être médecin à Villiers le Bel :
Pr Patrice QUENEAU, Éditions L’Harmattan, 124 pages
Ce livre mal construit, déroutant, est avant
tout un hommage mille fois mérité à Lionel Bécour, décédé à la
tâche, médecin de banlieue durant près de cinquante ans. Il ne s’agit
pas ici d’aventures vécues dans le danger, ni du témoignage personnel de
ce généraliste mais de la reprise de documents dont il espérait faire
un livre afin de défendre une certaine médecine, plus proche du patient,
plus humaniste, mais aussi plus clinique. Ainsi se trouvent réunis trois
sujets différents, bien que liés : l’expérience humaine du clinicien au
grand cœur et secourable (mais non dupe), la question de l’enseignement
de la médecine aux étudiants pour en faire autre chose que des trieurs
de résultats d’analyses, et une série d’hommages à l’homme, père, ami
ou collaborateur. Le lecteur ne se découragera pas par ce flot de
louanges, si loin de la modestie de cet excellent confrère avec qui
semble s’achever une période où notre art obligeait au sacerdoce. On
voudrait que ce livre poignant se répande parmi les étudiants, certains
patrons des hôpitaux et, surtout, responsables de la Santé.